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JOHN CLUYSENAAR

87 rue du Village - 5310 Noville-sur-Mehaigne
Tél. : 0032-(0)81 811600

John Cluysenaar

Issu d'une lignée artistique renommée, il est l'arrière petit-fils de l'architecte Jean-Pierre Cluysenaar, John Cluysenaar (1899-1986) débute sa carrière artistique en autodidacte.
Tout d'abord sculpteur, il obtient le Prix de Rome et le Prix Godecharle en 1924. Rapidement, il devient un statuaire recherché et sera l'auteur de nombreux bustes de personnalités et d'artistes de l'époque.
Par la suite, sa recherche artistique le conduit à la peinture et, à partir de la fin des années 30, il s'y consacre entièrement. Initialement peintre figuratif, il s'oriente au tournant des années 50 vers l'abstraction lyrique. C'est au cours de cette évolution qu'il aboutit au thème qui deviendra l'âme de son oeuvre et qu'il traitera désormais de manière récurrente : le visage.
Durant plus de quarante ans, John Cluysenaar méditera sur le visage et s'interrogera sur ses interprétations picturales.
En 1999, la fondation a célèbré le centenaire de John Cluysenaar

 

VOCATION
John Cluysenaar, 1899-1986

Bruxelles. Footings of sand.
In his fingers, a shark’s tooth.

While he crouches on broken rock,
time surges over. Like seas.
Vibrations. A taste of blood.
Lost world, sunk in cross-bedding.

His own box of bones, the skull
he looks out from, at once flung open
to forces stretching beyond.

Now his work windows my walls.

Making heads of a changing world.
Making world of the human head.

Edges of canvas no more
than where lines reach in, reach out.

Anne Cluysenaar

 

Texte de présentation de l'exposition de John Cluysenaar
au Musée de la Famenne et à la Maison de la Culture Famenne-Ardenne
à Marche en Famenne - septembre 2006

Cluysenaar, un nom que l’on connaît bien en Belgique … John est le fils d’André, portraitiste, le petit-fils d’Alfred, peintre d’histoire et portraitiste et l’arrière petit-fils de Jean-pierre, l’architecte qui a créé au XIX° siècle, les Galeries Saint-Hubert à Bruxelles, un des premiers passages commerçants couverts d’Europe, le Conservatoire de Bruxelles, la place du Congrès, …
John Cluysenaar baigne donc dans une atmosphère familiale artistique : auprès de son père à Bruxelles, il dessine et peint depuis sa plus tendre enfance.
La guerre de 1914-1918 l’emmène à Londres. Et peu après la fin de la guerre, il y réalise une sculpture de commande, sans la moindre formation !. De retour à Bruxelles, il devient rapidement un sculpteur recherché et il obtient le Prix de Rome et le Prix Godecharle en 1924 pour le groupe « Le Baiser » qui se trouve au Musée d’Ixelles.

1939, année de la mort de son père, marque un tournant dans la vie de john Cluysenaar. Il abandonne la sculpture pour se consacrer exclusivement à ce qu’il a toujours voulu faire : peindre !

surpris par la deuxième guerre mondiale en Angleterrre, il y restera jusqu’en 1955. C’est là qu’il réalise ses premières œuvres picturales : des aquarelles expressionistes aux contrastes de couleurs crues. Puis, très vite, john Cluysenaar adopte la peinture à l’huile, dont il travaille la matière en couleurs pures, en lignes et en formes ; Et déjà des visages se mettent à vivre au bout de ses brosses …

A l’approche des années 1950, et de la « deuxième génération de l’abstraction », John Cluysenaar continue sa recherche pour exprimer ce qu’il ressent confusément en lui et il explore l’automatisme comme moyen de réaliser des tableaux totalement abstraits et de former un lien entre le conscient et l’inconscient ; les œuvres d’abstraction lyrique que John Cluysenaar crée alors ont une texture très dense, une dynamique de flux et de reflux, une exubérance de l’écriture et des courbes en mouvement, moulées directement dans la pâte. On y sent aussi que le signe s’invite : les traits nerveux et vibrants se séparent se rejoignent, traces de chaque frémissement de la main, de chaque message de l’inconscient.

Progressivement, le peintre abandonne cependant ce travail abstrait et se consacre à la thématique de sa vie : les visages.

Un intérêt qui lui vient peut-être de l’héritage familial, la profession de portraitiste de son père et de son grand-père…

Un intérêt qui lui vient peut-être de son expérience de sculpteur, quand il cherchait à exprimer dans ses bustes non seulement le physique de son modèle, mais aussi, voire surtout, son caractère, alors qu’il lui fallait composer avec ses clients, qu’il fallait rassurer, voire flatter, dans des œuvres de commande qu’étaient la plupart de ces bustes. Sans doute est-ce d’ailleurs parce qu’il veut rompre avec ce qu’il ressent comme des entraves à sa recherche d’artiste qu’il abandonne la sculpture à la mort de son père, se soustrayant par là au monde artificiel et aux compromis des œuvres de commande, et retrouvant ainsi une liberté de création.

C’est peut-être de cette liberté que naîtra le thème de la recherche plastique de sa vie : il traquera jusqu’à son dernier jour le mystère de l’homme en interrogeant son visage.

Mais il n’effectue plus de portraits, il peint des « visages imaginaires ».

En transformant, déformant, disséquant « le visage » au travers des éléments qui le composent, John Cluysenaar rend visibles dans « ses visages imaginaires » des visions éloignées de toute réalité, défigurées, asexuées, sans carnation. Son travail est exempt de toute entreprise de séduction : le peintre cherche à exprimer sur la toile, comme dans une sorte d’art brut, ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il découvre.

Les « visages imaginaires » que John Cluysenaar crée sont des œuvres construites sur deux grands piliers : la verticalité associée à l’expression d’une certaine dualité et la ligne créant le réseau structurel des formes.

Les tableaux de John Cluysenaar sont verticaux, faisant songer à l’homme libre, fier, vivant debout. La verticalité est d’ailleurs souvent accentuée par la division en deux de l’espace pictural, division renforcée par l’utilisation symétrisante de formes rondes et anguleuses, par des contrastes chromatiques intenses ; sa,ns doute l’expression de la dualité de l’homme, les parties féminine et masculine de l’être humain, le yin et le yang, le lunaire et le solaire, les deux hémisphère s du cerveau…

La ligne, le geste pictural de John Cluysenaar, tisse un ensemble de formes, crée les ossatures de ses visages imaginaires. Souvent associée à la couleur, elle crée cette dualité, ce dialogue entre les surfaces colorées, qui renforce la verticalité.

La frontalité est une autre caractéristique des « visages imaginaires » de John Cluysenaar : ces visages nous regardent droit dans les yeux, sans détour, sans possibilité d’y échapper, nous posant des questions sur notre identité. La planéité des tableaux du peintre, sans perspective, est le complément de cette ffrontalité des visages qu’elle accentue. Parfois, le geste graphique commencé dans un visage déborde sur le fond, qui lui est alors associé, mais toujours au profit du sujet.

John Cluysenaar est toujours resté discret sur le fondement de sa démarche artistique … que cherchait-il dans ses « visages imaginaires » ?
Pensait-il qu’il n’existe pas de structure vivante qui ne s’inscrive dans une subtile configuration géométrique, que la « Nature » est constituée d’un réseau de « diagrammes » qu’il cherchait à mettre au jour ? Cherchait-il par sa ligne les chemins et les zones de l’émotion et de l’inconscient ? Son travail était-il en rapport avec le temps qui passe ; la vie n’ayant de sens pour lui que si la mort est dépassée par la création d’un monde où il règne en maître ?

La réponse importe peu peut-être, du moment que ces visages nous parlent et nous touchent au cœur …
Et tant mieux si le message est différent pour chacun !